Ce matin, quelques brumes tenaces lèchent les murailles de l'Oberland.
L'Eiger se voile dans un drap de nuées, alors que, plus au nord, sur
les plateaux suisses, le soleil s'apprête à inonder de lumière
la journée à venir.
Cette première journée d'action en extérieur doit nous
permettre de reconnaitre l'itinéraire que va emprunter Dod pour gagner
le pied de la face lors de sa tentative. De nombreuses questions devront obtenir
des réponses, comme l'accès au pied, la possibilité de
bivouac et l'état du socle.
Nous remontons donc les vallons boisés et garnis de
chalets typiques sous Alpiglen, empruntant parfois des pistes de ski, où
même des pistes de luge damées. Nous quittons ce monde sécurisé
peu avant la Kleine Scheidegg. Nos skis de randonnée tracent maintenant
un sillon ondulant dans les combes du pied de l'Eiger. Nos ARVA sont en émission
et ... nos sens en éveil, car avec le vent de ces dernières vingt-quatre
heures, la montagne présente un visage peu accueillant. Les crêtes
morainiques sont dénudées, les vallons bien blancs... Il est évident
que la neige arrachée aux arêtes s'est accumulée dans les
combes. Nous restons aux aguets, suivant le relief du terrain, et avec reflexion
évitons les bases de contrepentes raides en prenant le large sur les
replats. Bonne option, car après quelques temps nous déclenchons
à distance une petite plaque anodine, mais sous laquelle il valait mieux
éviter de se trouver.
Plus haut, c'est à plus de 500 metres de distance que nous déclenchons
une pente à la base de la partie droite de la paroi ...
H eureusement, l'accès au pied du socle de la face nord présente
une succession de petite crêtes très protégées, et
nous découvrons alors un spectacle exceptionnel. Le glacier du pied de
la face nord est en décomposition totale et il n'en reste qu'une pente
de 100 mètres de haut, percée ça et là de tunnels
empruntés et entretenus par les eaux de fonte estivales issues de la
paroi.
C'est dans une de ces cavités que nous arrêtons, plutôt frigorifiés.
Le spectacle est exceptionnel. Ce lieu pourrait constituer un excellent point
de bivouac pour Dod au pied du socle, qui risque de poser quelques problèmes.
Retour à Grindelwald dans l'après-midi, après cette montée
substantielle de 1400 m. ( quand même !), par une descente agrementée
de quelques belles courbes dans une "peuf" glaciale.
***
Redécouvrir l'hiver - c'est marrant, on monte pourtant bien à skis et je ne sue toujours pas-
Redécouvrir le monde sévère des faces Nords - là tu verras toujours le soleil: en face de toi!
Redécouvrir le froid - pas de doute, les chaufferettes vont reprendre du service
Se redécouvrir ( mais n'était-ce pas une évidence?) petit... mais pas faible?
La face est raide et haute, le socle bien plâtrée, bref tous les ingrédients d'une grande hivernale sont là, comme on les aime par chez nous.... Pas vrai?