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LA FACE NORD

Historique d'ascensions aux Grandes Jorasses. Les dates et les ascensions mentionnées dans ce site viennent plus de coups de coeur que de la recherche d'un historique exhaustif.
1864 : Première ascension de la Pointe Whymper par E. Whymper, M. Croz, C.Almer et F. Biner.
1868 : Première ascension de la Pointe Walker par H. Walker, M. Anderegg, J. Jaun et J. Grange.
1911 : Première ascension de l'arête ouest depuis le col des Grandes Jorasses par H.O. Jones et G.W.young avec J. Knubel.
1927 : Première ascension de l'arête des Hirondelles (est) par G. Gaia, S. Matteoda, F. Ravelli, G.A. Rivetti avec A. Rey et Chenoz.
1935, 28 et 29 Juin, première ascension de la face nord par l'éperon Croz par M.Meier et R. Peters.
1938, 4 au 6 aout, première ascension de la face nord par l'éperon Walker par R. Cassin, L.Esposito et U. Tizzoni.
1964, du 6 au 9 aout, première ascension de la face de la Pointe Whymper par W. Bonatti et M. vaucher.
1968, du 17 au 25 janvier , première ascension du Linceul par R.Desmaison et R. Flematti.
1973, du 10 au 17 janvier première ascension de la directe Gousseault par R. Desmaison, M. Claret et G. Bertone.

Il est intéressant de comparer les trois sommets de cette trilogie en faisant abstraction des faces nord : aucun d'eux n'a une voie normale facile, puisque les trois itinéraires sont côtés "AD". Les Grandes Jorasses n'ont été gravies qu'en 1864 ( pointe Whymper, voisine du point culminant qui est la Pointe Walker), soit l'année de l'ascension de la Verte, et seulement un an avant le Cervin.
La face nord a très vite été le problème des Alpes, avec l'Eiger, peut-être plus que le Cervin. Dès 1907, le célèbre Joseph Knubel fait une tentative à l'éperon central "Croz", mais il est trop en avance sur son temps. Armand Charlet reprend le flambeaux très tôt, en 1929, à l'éperon Walker, mais c'est l'échec. Heckmair, celui de l'Eiger, fait cordée en 1931 avec Kroner, au Croz, et renonce face aux chutes de pierres.
Premier constat, alors qu'au Cervin la ligne est évidente, qu'à l'Eiger aprés quelques hésitations l'entrée de la face nord par la traversée Hinterstoisser devient incontournable, aux Grandes Jorasses il y a une autre dimension : la face est aussi large à sa base qu'à son sommet, trouver l'itinéraire idéal reste très problématique.
Léo Rittler et Hans Brehm emboîtent le pas de Heckmair, passent outre les chutes de pierres et perdent le combat; Heckmair revient pour une tentative, retrouve les corps des deux malheureux au pied de la face et abandonne à nouveau.

Les tentatives se succèdent, Charlet en fera six ! Viennent Gervasutti, Welzenbach ( au Linceul en 1934 ! ), Loulou Boulaz la genévoise, Chabod, Cretier, Allain, Lambert, Greloz, Boccalate. tout est tenté, éperon de droite, de gauche, cela monte, et redescend bien vite.
Juillet 1934, Heckmair est tenace. Il revient aux Jorasses avec Meier et Steinauer, tandis que Peters et Harringer sont de la même tentative sans préméditation, rencontre fortuite au refuge oblige. Toutefois, au matin, il fait mauvais,seuls Peters et Harringer partent. Le lendemain, Charlet et Belin d'Argentière les rattrapent, dans le mauvais temps ! Gervasutti et Chabod les suivent de près... trop de monde dans la face nord du Croz, et la tempête qui s'en mêle, font que tous redescendent ... sauf Peters et Harringer, qui foncent dans le tas. Il forceront le passage-clé de l'Eperon Croz mais devront redescendre devant la persistance du mauvais temps, sans atteindre le sommet. A la descente, au bivouac, Harringer glisse, tombe au pied de la face. Peters, désemparé, sera sauvé par une cordée de secours, menée par Franz Schmid lui-même, vainqueur du Cervin en 1931... la montagne est petite !

1935. Peters revient, avec Meier. Le temps est beau, ils évitent le refuge où se bousculent les prétendants. Ils gravissent l'éperon sans coup férir, et résolvent le problème de la face nord, dans une discrétion exemplaire. Chabod, Gervasutti, Boulaz et Lambert font "leur" première de l'éperon Croz le 30 juin de la même année, sortent dans la tempête et apprennent à leur arrivée dans la vallée qu'il viennent de faire la première répétition...

La face nord des grandes jorasses est complexe. En gravissant le Croz, les alpinistes ont eu le droit d'accéder"au deuxième monde", comme dans un jeu vidéo. Le "deuxième monde", c'est "LA" Walker. Et pour se sortir des pièges du deuxième monde, arrive un candidat presque hors concours, Riccardo Cassin, l'italien de Lecco, familier des Dolomites.

En 1938, Riccado Cassin est au pied de l'Eiger, il fait mauvais. Quatre alpinistes sont engagés dans la face nord, ils sont déjà trés haut, s'ils reviennent vivants, ils seront victorieux. C'est chose faite le lendemain, Heckmair et sa bande rentrent à la Kleine Scheidegg avec en poche la première ascension de la face nord de l'Eiger. Cassin reprend le train, rentre à Lecco; il ne reste plus que les Jorasses...
L'histoire qui suit frise le cocasse, mais témoigne également de la fraîcheur mentale et de la maîtrise technique de Riccardo Cassin. Il ne connaît pas le massif du Mont Blanc, des Grandes Jorasses il ne possède qu'une carte postale. Le 30 Juillet il est à Courmayeur avec Tizzoni, se fait indiquer le Col du Géant et monte au refuge Torino. Les deux alpinistes laissent derrière eux une sensation d'incrédulité quand ils demandent aux gardiens du Torino, puis du Requin au passage, le chemin vers la face nord des Grandes Jorasses. Arrivés au pied de l'édifice, reconnu grâce à la carte postale, Cassin et Tizzoni cachent leur pitons et mousquetons sous un bloc, et remontent à Torino pour retrouver Esposito, le troisième larron.
Le premier août, Pierre Allain franchit la rimaye ! Mais les conditions sont moyennes, beaucoup de glace, et la "pure lumière" redescend, une fois de plus, perturbée par un rocher pas assez sec pour grimper en libre.

Cassin revient, le 4 aout, il passe la rimaye avec Tizzoni et Esposito. Lui ne s'encombre pas de détails, un étrier par ci, un piton par là, cela passe. Son expérience dans le mauvais temps au Badile et les parois continuellement déversantes des Dolomites lui ont donné une aisance dans tous les terrains remarquable. Casin va faire preuve d'un sens de l'itinéraire peu commun, et d'une rapidité étonnante. Aprés deux bivouacs, la cordée sort au sommet de la Walker le 6 aout à 15 heures, dans une tempête farouche. Un troisième bivouac au sommet s'impose, et la cordée ne rejoint la vallée que le 7 aout, triomphante. Voilà comme un "dolomitard" a fait sa première course dans le massif du Mont Blanc...

Nous l'avons vu plus haut, l'histoire des Jorasses ne fait que commencer, du fait de la largeur de la paroi, tant à sa base qu'à son sommet. Cette face nord va réveler le destin exceptionnel de grands alpinistes décennies après décennies.

Aprés Riccardo Cassin, l'homme des Jorasses va être Walter Bonatti. Un Bonatti au sommet de son art, en 1963, qui va réaliser avec Oggioni la première hivernale de la Walker. Un Bonatti en fin de carrière également, qui va ouvrir la première voie de la face nord de la Pointe Whymper en 1964 avec Michel Vaucher.

Le candidat suivant au titre de "Monsieur Jorasses" est incarné par René Desmaison, qui ne laisse pas refroidir la face nord : il fait la seconde hivernale de la Walker avec Jacques Batkin le même hiver que Bonatti, en 1963 !
René Desmaison s'illustre en 1968 avec Robert Flematti en ouvrant le Linceul en hiver, et en médiatisant l'exploit en direct depuis la face nord. Il sera en liaison radio quotidienne avec une équipe de journalistes postée au refuge de Leschaux.
En 1971, Desmaison et Gousseault décident d'ouvrir une nouvelle voie, directe, à gauche de la Walker. Ce sont les fameuses et tristement célèbres "342 heures dans les Grandes Jorasses". Le mauvais temps les bloque à 80 metres du sommet, et Gousseault meurt d'épuisement, fatigué par une déficience physique qu'il avait caché à Desmaison.
René Desmaison aura du mal à se remettre de cette expérience, tant physiquement que moralement. Pour se prouver son aptitude à retrouver la haute difficulté, il gravit en solitaire l'intégrale de Peuterey en été 1972.
Hiver 1973, avec Michel Claret et Giorgio Bertone, il retourne aux Grandes Jorasses achever la directe "Gousseault".

Les premières vont ensuite s'enchaîner, chacun voulant tracer sa voie dans la face nord. mais les itinéraires logiques sont ouverts, pour preuve l'intérêt que suscite toujours la "Gousseault" pendant la décennie 2000. Signalons tout de même la belle voie Colton/Mac Intyre à la Walker qui resoud le problème des goulottes délicates de la brèche séparant la Walker de la Whymper et sortant directement à la Walker, ouverte en aout 1976. La trés "fashion" No Siesta à l'éperon Croz ouverte en juillet 1986 par Glejdura et Porvaznik, puis Manitua ouverte en solo par Slavko Sveticic sur le Croz en juillet 1991, et Eldorado à la pointe Whymper ouverte en juillet 1999.

Coté premières, Patrick Gabarrou est incontestablement l'homme des Grandes Jorasses par la face nord : pas moins de 5 voies nouvelles ! 1986, directe avec Hervé Bouvard à la Walker, 1992 directe à la pointe Marguerite avec Christian Appertet, 1993 voie "Alexis" à la Pointe Whymper avec Benoit Robert, 2003 voie directe "A Lei" à la pointe Magali à droite de la pointe Croz avec Benoit Robert et Philippe Batoux, 2005 voie "Heidi" en face nord de la pointe Marguerite avec Christophe Dumarest et Phillipe Batoux. Pas mal....

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