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LA DIRECTE
GOUSSEAULT

La voie directe Gousseault a été "ouverte" dans des conditions tragiques. J'ai mis des guillemets autour du mot "ouverte", car en fait la véritable ouverture a eut lieu en 1973 et s'est déroulée sans incident majeur.
Mais en 1971, René Desmaison et Serge Gousseault ont gravit la voie dans sa quasi intégralité, jusqu'à 80 metres du sommet de la Pointe Walker, en hiver. La tempete qui s'est abttu sur eux à cet endroit fut fatale à Serge Gousseault.
S'en est suivi une polémique autour de René Desmaison....

A lire absolument, le livre de Desmaison "342 heures dans les Grandes Jorasses"



Le 9 février 1971 Desmaison et Gousseault partent pour les Grandes Jorasses en descendant la vallée blanche depuis l'aiguille du midi, atteinte en téléphérique.

Serge Gousseault est guide depuis 1970, sortit 3° du stage final. Son palmarés alpin est déjà bien fourni, c'est un excellent grimpeur de rocher. Mais un accident dans la face ouest des Drus fin Aout 1970 coute la vie à son compagnon de cordée Guy Hérant qui meurt devant lui. Fortement marqué, Serge Gousseault aimerait faire une grande hivernale avec René Desmaison, lequel accepte.

Le projet est de gravir l'éperon Croz en hiver, une première, puis ensuite de faire une tentative de directe à la Walker, dans le mois et demi d'hiver qui reste. Les deux skieurs arrivent à Leschaux, et stupeur : une cordée est à la base du Croz. L'objectif change, et les deux alpinistes redescendent à Chamonix pour completer leur matériel en vue de tenter sans attendre la directe à la Walker.
Le 10 Février deux longueurs sont déjà équipées au dessus de la rimaie, et Desmaison et Gousseault passent une dernière nuit au refuge de Leschaux. Serge Gousseault a grimpé en tête et Desmaison peut mesurer son aisance technique.

Gousseault a déjà gravi de grandes parois, affonté de difficiles bivouacs, pendu sur des étriers. Il est parfaitement préparé à cette ascension.

Le 11 au soir, aprés une journée bien remplie, la cordée prend son rythme de croisière en paroi. Srerge Gousseault passe un temps considérable à entretenir ses chaussures en cuir, non pas avec de la cire, mais avec de la graisse dont il s'enduit également abondamment les mains.

L'escalade n'est pas facile, la paroi, raide, est souvent mixte, obligeant à garder les crampons. De nombreuses longueurs sont même en glace raide, type goulotte, mais souvent Desmaison se plaint de n'avoir qu'une glace trop fine, fragile. Desmaison grimpe désormais exclusivement en tête.

Le 13 février dans l'aprés midi, vacation radio avec Simone Desmaison, qui monte régulirement à la Flegère pour communiquer les prévisions météo. Pour la première fois, une petite perturbation est annoncée pour la nuit, avec de la neige, puis retour du beau temps le lendemain.

Serge Gousseault avait envie et besion de cette ascension. Il avait trouvé en René Desmaison la personne idéale pour gravir une grande paroi en hiver.

Le 14 février, brouillard; mais la météo est optimiste pour 48 heures, puis conditionnellement bonne pour les 3 jours suivant, avec une petite perturbation entre les deux. Voici le verdict de la vacation. Les deux alpinistes sont en excellentes forme et decident de poursuivre leur ascension.

Le 15 février dans l'aprés midi il se met effectivement à neiger.

René Desmaison voue à Serge Goussseault une grande confiance, son compagnon est en grande forme.

Le 16 février la neige s'est interrompue, mais le ciel est blafard. L'accalmie est brève, les précipitations reprennent, et avec elles les coulées de poudreuse. Pendant une vacation radio, la poudreuse recouvre Desmaison et anéanti le poste radio. Plus de liaisons avec la vallée.

Plusieurs fois dans la journée, sans raison, Serge Gousseault enlève ses gants, malgré ses mains déjà abimées par le froid. Il perd un piolet enfin de journée, ce qui le trouble excessivement. Sa main droite est boursouflée par le froid, mais sensible.

Mercredi 17 février. Il fait grand beau, le vent souffle sur les arêtes. La progression reprend.

Serge Gousseault est plus lent que d'habitude, il ne repond pas toujours aux appels de René Desmaison. Le soir au bivouac, sa main droite, quoique sensible et mobile, est extremement enflée et la peau part en lambeaux....René Desmaison essaie de comprendre pourquoi ses mains sont dans cet état là.

Jeudi 18 février. La neige tombe, lourde. Il reste peu de pitons, Serge Gousseault a du mal à les récuperer et beaucoup restent dans la paroi.

La journée est bien entamée. Serge Gousseault est épuisé, Desmaison doit le hisser car il ne peut plus se servir de ses mains. Desmaison ne comprend pas pourquoi Serge Gousseault est soudain si diminué physiquement.

Vendredi 19 février. Desmaison grimpe, redescend, récupère le matériel, remonte, hisse Gousseault. Encore une journée dans la paroi. Dans le mauvais temps.

Samedi 20 février. Il fait beau, mais Serge Gousseault est épuisé. Une lente agonie se prépare, une longue affaire de secours mal gérée est en marche. Serge Gousseault, souffrant de decalcification, n'aurait jamais du aller dans les Jorasses en hiver. Mais Desmaison ne le savait pas.

Il est indispensable de se pencher sur le livre de René Desmaison "342 heures dans les Grandes Jorasses" pour cerner tout le tragique de cette hivernale.

René Desmaison va revenir en 1972, puis en 1973, pour achever cette ascension avec Giorgio Bertone et Michel Claret. Le 16 janvier 1973, les trois hommes sont au sommet dans la tempête.

La voie sera reprise en août 1977 par Gordon Smith et Tobin Sorenson.

Stéphane Benoist et Patrice Glairon-Rappaz réussissent du 13 au 17 janvier 2000 la seconde hivernale de la voie Gousseault, une belle réalisation en 5 jours, sans portaledge, avec un hamac pour deux....

Ascension de la voie les 24 et 25 octobre 2000 pour Berhault et Magnin pendant le voyage de Patrick à travers les Alpes, mais avec une importante variante dans le bas de la face qui dénature un peu la beauté du tracé.

Nouvelle ascension de la voie en Mars 2003 par la cordée Marsigny-Larios en 3 jours et demi.

Voie ED, 1100m., 5c A1, mixte et glace à 85°

 

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