Document sans titre
ENCHAINEMENTS


Les années 1980 sont les années de la vitesse : Des étoiles filantes traversent l'histoire de l'alpinisme, elles ont pour nom Boivin, Berhault, Edlinger, Profit, Escoffier, Ghersen, Grison, Lacroix, Sebahi, Marsigny, et j'en oublie.

Répétant les grandes classiques, seuls ou encordés, ces grimpeurs pressés pulvérisent les horaires des faces mythiques des Alpes, utilisant parfois les nouveaux moyens de transports comme le deltaplane ou le parapente pour relier un sommet à l'autre, mais aussi parfois l'hélicoptère.

Citons les précurseurs Berhault et Edlinger qui atomisent ensemble l'horaire de la voie des Plaques à l'Ailefroide Occidentale ( 1000 m. ED ) en 23 heures d'Ailefroide à Ailefroide (hiver 1980), ce qui en dit long sur leur forme physique et leur maîtrise technique. Berhault de son côté a déjà sévi dans le massif des Ecrins, enchaînant en 1979 deux voies en solitaire au Pic Sans Nom, le pilier Chapoutot et la Georges-Russenberger. Edlinger récidive l'été 1980 en enchainant la pente centrale du Pelvoux et le couloir Chaud.

Berhault et Boivin s'unissent un peu plus tard pour enchaîner la face sud du Fou et la directe américaine, liaison en deltaplane, en réponse à une boutade lancée dans Alpi-Rando.

Le but de cette chronique n'est pas de faire l'inventaire exhaustif des enchainements de l'histoire de l'alpinisme, il y en a eu bien avant 1980, comme le formidable exploit de Claudio Barbier qui enchaîne cinq voies d'ampleur en solo en 1961 aux Tre Cime di Lavaredo. Il y en a eu de nombreux depuis mais il est certain que la décennie 1980-90 voit apparaître une surenchère dans ce domaine.

Ces enchaînements ont conduit les alpinistes à se pencher de plus près sur la possibilité de réaliser un enchainement des trois grandes faces nord des Alpes, Les Grandes Jorasses, le Cervin et l'Eiger. Ces trois faces nord avaient été gravies pendant le même hiver (1978) par Ivano Ghiradhini, par Tomo Cesen en une semaine en hiver 1986 (voir à ce sujet la page concernant l'historique de la trilogie réalisée dans le même hiver). Il serait d'ailleurs plus juste de parler de "cumuls" plutôt que "d'enchaînements"...

Venir à bout des trois faces nord en les enchaînant demande de la part du solitaire des qualités mentales et physiques exceptionnelles. Un tel exploit nécessite une intendance adéquate , ainsi que des liaisons rapides et réparatrices entre les ascensions. Toutes les tentatives vont faire appel de manière importante à l'hélicoptère.

La trilogie hivernale enchaînée débute...en été ! Christophe Profit enchaîne pendant l'été 1985 le Cervin, l'Eiger et les Grandes Jorasses ( par le Linceul) en solo en moins de 24 heures ! Les liaisons sont faites en hélicoptère.

En mars 1987, aprés une tentative avortée en 1986, Christophe Profit récidive : Eperon Croz aux Grandes Jorasses, voie classique de 1938 à l'Eiger et voie Schmid au Cervin, en 42 heures ! L'exploit est retentissant. Christophe Profit est au sommet de son art, il connaît les voies pour les avoir gravies, il s'est préparé scientifiquement, avec régimes alimentaires appropriés et entrainement physique planifié. L'hélicoptère est massivement utilisé, pour rejoindre les faces, faire les jonctions. Mais l'exploit reste exceptionnel par les qualités physiques et mentales exigées. Il faut saluer ici à la fois l'exploit physique, technique et moral, mais aussi la qualité de la préparation et la determination dont ont fait preuve Christophe Profit.

La presse ne tarit pas d'éloges. La trilogie des classiques, aprés avoir été réalisée par le même homme ( Gaston Rebuffat le premier) dans une carrière d'alpiniste, puis dans un seul et même hiver (Ivano Ghirardini), puis en moins de 24 heures en été et en 42 heures en enchaînement en hiver, va maintenant lancer un défi au monde de la montagne : Bruno Cormier, journaliste visionnaire, écrit ceci dans la revue "Vertical" en 1987 :"Dès lors, on se prend à imaginer des enchaînements de directissimes en solo. La Super-Trilogie : voie Piola au Zmutt, voie Mac-Intyre aux Jorasses, voie Harlin à l'Eiger". La voie est tracée... mais laisse la part belle à l'imaginaire des alpinistes.

Accueil trilogie
|
La trilogie en un hiver
|
La trilogie en enchainement
|
La Trilogie inachevée