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LE NEZ DE ZMUTT

La face nord du Cervin (4480 m), gravie en 1931, présente dans sa partie droite une proue déversante, comme "une face dans la face": le Nez de Zmutt. Ce Nez est indépendant de la classique arête de Zmutt qui passe nettement plus à droite. On l'observe nettement depuis le hameau du même nom, non loin de Zermatt.

Gogna et Cerruti remontent les premiers ce Nez, suivant certes une ligne directe et soutenue, mais en évitant la partie la plus raide du mur.

On retrouve Michel Piola et Pierre-Alain Steiner pour l'ouverture d'une première directissime, qui reste un challenge d'actualité, pour amateurs de rochers amovibles...
La directissime "aux amis disparus" du nez de Zmutt propose un défi des plus sérieux: "l'intégrale" n'a encore jamais été réalisée.

Reprenons ici le texte de François Carrel qui illustre bien l'histoire de cette directissime du Nez de Zmutt :

La genèse inachevée d'Aux amis disparus.

La voie « Aux Amis disparus » (A2/A3, 6b, 80/85 en mixte, 1100 m) dans
la face nord-ouest (ou paroi du nez de Zmutt) du Cervin (4477 m, Alpes
valaisannes) a été ouverte en quatre tentatives, par trois cordées
françaises successives, entre 1989 et 1992, toujours sous l'impulsion du
grand guide français Patrick Gabarrou. Elle n'a jamais été répétée à ce
jour, ni même enchaînée dans sa totalité par une seule cordée.

Le tracé de la voie est situé entre la voie directe du nez de Zmutt (voie Piola-Steiner de 1981) et l'arête de Zmutt. C'est une directissime, au tracé en permanence dans la ligne droite dessinée par le nez de Zmutt, qu'elle franchit sur le fil. «C'est une ligne fantastique, en plein dans ce surplomb incroyable. C'est beau qu'une ligne passe là... », souligne Lionel Daudet, l'un des ouvreurs.

La première partie de la voie a été ouverte par Patrick Gabarrou et Pierrot Gourdin, début juillet 1989. Les deux hommes, lourdement chargés, attaquent depuis le refuge du Hörnli, remontent la belle goulotte Piola-Steiner (deux longueurs de 60 m, 80/85 mixte, assurage sur coinceurs et friends), puis poursuivent à l'aplomb du nez dans des bandes rocheuses puis des pentes neigeuses. Ils atteignent le sommet de la pente et établissent un relais sur spit au pied de la paroi rocheuse, à l'aplomb direct du dévers du nez. Pierre Gourdin, mal remis d'une blessure, décide de renoncer. La cordée redescend en rappel et regagne le Hörnli avant la nuit.

Quelques jours plus tard, les 18 et 19 juillet 1989, Patrick Gabarrou revient à l'attaque, avec le guide et glaciairiste François Marsigny. Ils remontent le mixte et ouvrent en libre les 3 premières longueurs rocheuses (6a/b, rocher moyen). Suit ensuite une trentaine de mètres d'artif (A2/A3 à l'ouverture, nettoyé tout de suite, doit passer en libre) puis une seconde avec un pas d'A1/A2 (idem). La cordée a alors atteint une vire horizontale qui va vers l'arête de Zmutt vers l'ouest, où ils bivouaquent. Ils sont juste au pied de la partie réellement> déversante du Nez de Zmutt. Le lendemain, la face nord du Cervin leur sort le grand jeu, en raison de son exposition terrible aux vents de nord et d'ouest que rien n'arrête avant la face. Patrick Gabarrou, carapacé, attaque le dévers en artif, les étriers volant au dessus de sa tête. Le rocher est incroyablement compact au bout de 6 ou 7 mètres, et Patrick décide de poser une cheville autoforeuse. Elle ne pénètre pas plus d'un centimètre : derrière, c'est aussi dur qu'une plaque de métal. C'est un granit schisteux sur lequel Patrick écrabouille cinq chevilles sans succès, avant de redescendre. Le nez de Zmutt ne se laissera pas surmonter cette fois ci. Les deux hommes remontent la vire vers l'ouest sur une quarantaine de mètres jusqu'à atteindre une cheminée verticale de 60 m (6b) qui mène à l'arête de Zmutt classique puis au sommet. Le soir même, ils sont au pied du Cervin.

Troisième chapitre : Patrick Gabarrou et Pierrot Gourdin de retour au pied du nez durant l'été 1990, cette fois avec une perceuse et deux accus, « la mort dans l'âme » pour Patrick, garant international de Mountain Wilderness. Pierre Gourdin ouvre au prix d'un énorme effort la longueur sur 30 mètres grâce à 1 spit de 8 et 4 gougeons de 6 mm. Il passe plus d'un accu. Epuisé et tétanisé par le vide et le recul d'une dizaine de mètres, il pose un relais avec deux spits, et redescend. Patrick et lui sortent à nouveau par la cheminée ouest et l'arête de Zmutt. 1992 : Patrick Gabarrou est contacté par les Suisses Jean Troillet et Erhard Loretan qui lui annoncent la couleur amicalement : « si tu ne finis pas ta voie, on y va nous ! ». Patrick repart en urgence, avec un jeune aspi encore inconnu, Lionel Daudet. C'est une année très sèche et le bas de la face nord, balayé par les chutes de pierre, est impraticable. Les deux Français partent le 5 août du Hörnli avec corde de 60 mètres et perceuse. Ils remontent l'arête de Zmutt jusqu'à la fameuse cheminée. Un rappel de 60 m les ramène en pleine face nord-ouest. Lionel Daudet reprend la longueur d'artif « technologique », la prolonge d'une vingtaine de mètres, grâce à une ligne de fines fissures que Pierre Gourdin n'avait pas repéré (A2/A3 sur coinceurs et petits pitons Charlet). La perceuse sera inutile ! Il redescend sur la vire, pour le bivouac. Au matin du 6 août, Patrick Gabarrou perd un chausson. Il devra rester second. Lionel passe une première longueur courte d'artif (A2, un friend en place), monte un relais sur spit, puis ouvre une seconde longueur (5c/6a) pour sortir du nez (mauvais rocher, coinceurs). Deux grandes longueurs assez délicates en ligne droite leur permettent ensuite de rejoindre la partie supérieure de l'arête de Zmutt, puis le sommet dans l'après-midi. Pour Patrick Gabarrou, cette voie « a la chance de gravir sur le fil le plus beau des reliefs des Alpes occidentales ».

Cette ligne, il « l'offre à toutes les personnes dont des amis sont morts dans les Alpes » en la baptisant « Aux amis disparus ». Depuis, les quelques tentatives faites pour enchaîner l'ensemble de la voie ont échoué.

Par la suite , du 31 juillet au 2 août 2001, Patrick Gabarrou et Cesare Ravaschietto ont ouvert une nouvelle voie directe dans le Nez de Zmutt au Cervin, Free Tibet. La voie suit un système de dièdres et fissures entre les deux énormes étraves de cette paroi déversante. Voici le texte publié dans alpinisme et randonnée 238 en mars 2002 par Patrick Gabarrou :
J’ai vu le Cervin pour la première fois en 1969. J’avais 18 ans. C’était au coucher du soleil, depuis le Clocher de Bertol, au-dessus de la cabane du même nom, dans la vallée suisse d’Arolla. Près du sommet se détachaient les deux formidables éperons du Nez de Zmutt. Ce point de vue n’est pas la vision classique du Cervin, mais c’est “la mienne”. J’avais acheté une carte postale, que j’ai toujours gardée. Depuis 32 ans, je l’ai toujours à portée de main.
Ce jour-là, sur le Clocher de Bertol, j’ai passé un grand moment à contempler le sommet magique. Je n’osais même pas rêver de le gravir. Je ne connaissais rien de l’histoire de l’alpinisme, ou si peu : cette phrase de Lionel Terray, qui écrit dans Les conquérants de l’inutile qu’il ne reste à ouvrir « que des sous-éperons pour grimpeurs en mal de notoriété». Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse rester une voie à ouvrir au Cervin. Je n’y pensais pas, je n’y pensais plus.

Cette même année, un peu plus à gauche, les alpinistes Robert Jasper et Rainer Treppte ouvrent la difficile "Freedom": 5 jours d'ascension mixte ( du 22 au 26 août 2001). Jasper avait déjà tenté cette ligne en 1994 mais le mauvais temps l'avait repoussé.

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1-Arête du Hörnli.
2-Voie Schmid 1931.
3-Voie Bonatti 1965.
4-Voie Cerutti-Gogna 1969.
5-Voie Piola-Steiner 1981.
6-Voie "Aux amis disparus".
7-Arête de Zmutt.
8-Arête du Lion.

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