A montagne exceptionnelle, réalisation exceptionnelle, et grimpeur
exceptionnel. Le Cervin n'est sans doute pas la face la plus dure, ni
la plus haute. Mais, alors que l'Eiger est une montagne trapue, peu accueillante,
alors que les Grandes Jorasses sont éloignées de la vallée
au fond d'un cirque glaciaire, austères et froides, le Cervin présente
au yeux du monde entier une pyramide idéale, archétype de
la montagne équilibrée, régulière, sortie
tout droit d'un rêve d'enfant. Après toutes les aventures
vécues dans les Alpes, il restait une ultime quête, un ultime
défi à relever : gravir en solitaire hivernal une voie entièrement
nouvelle sur l'une des trois grandes faces nord des Alpes. En 1965, un
alpiniste exceptionnel allait quitter le devant de la scène par
une révérence de seigneur. 100 ans aprés la première
ascension du Cervin, aprés avoir réalisé la première
hivernale de la face nord des Grandes Jorasses, après avoir ouvert
une nouvelle voie sur cette même montagne, l'Italien Walter Bonatti
décida de mettre un terme à sa carrière d'alpiniste,
à 35 ans, en cumulant l'ascension solitaire, l'ouverture et l'hivernale
sur la plus symbolique des montagnes : le Cervin.
Reprenant les termes du guide des Alpes Valaisannes du Club alpin suisse,
"cette réussite eut un grand retentissement et reste entouré
d'un souffle mystique". Du 18 au 22 février 1965, Walter Bonatti
apposa la touche finale de son oeuvre en coupant l'herbe sous le pied
des acteurs du grand alpinisme traditionnel; une fois de plus, les alpinistes
eurent le sentiment que "tout est fait". Bonatti laissait en
héritage une éthique et une élégance exemplaire
pour l'alpinisme engagé, mais en même temps il semblait mettre
un terme à des années d'évolutions dans la grande
difficulté.
L'histoire nous a montré le contraire. |
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