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LA FACE NORD
DU CERVIN

 

Historique d'ascensions au Cervin. Les dates et les ascensions mentionnées dans ce site viennent plus de coups de coeur que de la volonté d'un historique exhaustif de l'histoire de cette montagne.

-1865, 14 juillet :Première ascension suivant l'arête du Hörnli par E.Whymper, C.Hudson, D.R. Hadow, F.Douglas avec les guides M.A. Croz et Taugwalder père et fils.
-1865, 17 juillet : Première ascension de l'arête du Lion par J.A. Carrel et J.B. Bich.
-1879, 3 septembre : Première ascension de l'arête de Zmutt, par A.F. Mummery, A. Burgener, J Petrus et A Gentinetta.
-1879, 3 sepetembre : Première ascension de la face ouest par W. Penhall, F. Imseng et L. Zurbrücken.
-1911 : Première ascension de l'arête de Furggen par M. Piacenza, J.J. Carrel et G Chaira
-1931, 31 juillet et 1° Aout : Première ascension de la face nord par Franz et Toni Schmid.
-1931 : Première ascension de la face sud par E. Benedetti, M. Bich et L. Carrel.
-1932 : Première ascension de la face est par E. Benedetti, G. Mazzotti, M. Bich, Louis Carrel, Lucien Carrel et A. Gaspard.
-1959 : Première hivernale de la face nord par H. von Allmen et Paul Etter.
-1977 : Premiere solitaire hivernale de la face nord par T. Hasegawa.
-1965 : Directe Bonatti, en hiver et en solitaire, par W. Bonatti.
-1969 : Nez de Zmutt par A. Gogna et L. Cerruti.
-1981 : Directissime Piola-Steiner au Nez de Zmutt par M. Piola et P.A. Steiner.


L'histoire du Cervin est marquante car chaque étape constitue un grand pas dans l'évolution alpine et ce, en raison de l'absence de voies faciles. Dès la première ascension, un défi se pose entre les hommes pour atteindre la cime.
Jean Antoine Carrel, guide du Valtournanche, est l'homme du Cervin. Il est persuadé que la voie d'ascension classique serait l'arête du Lion. Il se fait "coiffer sur le fil" par la cordée de Whymper qui réussit le sommet par l'arête du Hörnli trois jours avant la première versant italien. Carrel gravit le Cervin un nombre incalculable de fois. En 1890, à 61 ans, descendant du Cervin dans la tempête, il dirige sa cordée de main de maître jusqu'à sortir son client des difficultés; il meurt d'épuisement, là où se trouve aujourd'hui la "Crocce Carrel".
La réussite de la cordée Whymper sur l'arête du Hörnli sera entâchée d'un drame à la descente; parce qu'encordés à sept sur la même corde, la glissade du grimpeur aval entraînera ses compagnons. La corde se tend, les grimpeurs partent un à un vers l'abime. Entre le 4ème et le 5ème alpiniste, la corde casse, sauvant Whymper et les Taugwalder d'une mort certaine. Les quatre autres perirent, parmi eux le célèbre guide chamoniard Michel Croz.
L'histoire du Cervin est ensuite plus clémente, et la face nord ne laisse pas ce goût amer de combat perdu d'avance comme cela fut ressenti à l'Eiger. Dès 1923 une cordée part pour la face nord, échouant de peu. Les autrichiens Alfred Horeschowsky et Franz Piekelko progressent rapidement mais des chutes de pierres continuelles les contraignent à s'échapper de la face nord vers la cabane Solvay. De meilleures conditions leur auraient sans doute assuré le succès; succès qui aurait peut-être altéré la réputation de cette face nord, trop facilement conquise.
En 1931, deux jeunes frères remontent le Mattertal, poussant sur les pédales de leurs vélo se hissent jusqu'à Zermatt, lourdement chargés. Partis de Munich, fatigués, ils mettent pied à terre dans les derniers kilomètres. Franz Schmid a vingt-six ans, son frère Toni vingt-deux. Ils établissent un campement à Staffelalp, face au Cervin, et attendent que la neige fraîche récente disparaisse de la paroi. L'attente doit être longue, pesante, pour ces jeunes alpinistes enthousiastes. La soif d'action les pousse à quitter la tente le 31 juillet, et ils remontent rapidement le bas de la face. Leur aisance leur permet de monter haut dans la face. Le bivouac n'est pas très confortable, le temps s'est gâté et les spectateurs qui ont braqué leur longue-vue vers la face nord depuis Zermatt peuvent reposer leurs yeux. Le lendemain, le temps est de nouveau médiocre; mais les frères progressent, et dans un déluge de feu et de neige, ils se dressent sur la cime parfaite du Cervin. Il est 14 heures. Les conditions climatiques les contrarient dans la descente, et ils doivent s'arrêter à la cabane Solvay pour deux nuits supplémentaires. Mais qu'importe, ils ont gravi la face nord du Cervin, à la première tentative, et d'une fort belle manière.
En 1965, le Cervin fête les 100 ans de sa première ascension. L'Eiger a été surmonté en hiver ( 1961), en solitaire (1963). La paroi centrale des Grandes Jorasses a été gravie par trois voies différentes, l'Eperon Croz (1935), l'Eperon Walker (1938), la face nord de la Pointe Whymper (1964), et en hiver (Walker 1963). Au Cervin, la première solitaire a eu lieu en 1959, la première hivernale en 1962.

A montagne exceptionnelle, réalisation exceptionnelle, et grimpeur exceptionnel. Le Cervin n'est sans doute pas la face la plus dure, ni la plus haute. Mais, alors que l'Eiger est une montagne trapue, peu accueillante, alors que les Grandes Jorasses sont éloignées de la vallée au fond d'un cirque glaciaire, austères et froides, le Cervin présente au yeux du monde entier une pyramide idéale, archétype de la montagne équilibrée, régulière, sortie tout droit d'un rêve d'enfant. Après toutes les aventures vécues dans les Alpes, il restait une ultime quête, un ultime défi à relever : gravir en solitaire hivernal une voie entièrement nouvelle sur l'une des trois grandes faces nord des Alpes. En 1965, un alpiniste exceptionnel allait quitter le devant de la scène par une révérence de seigneur. 100 ans aprés la première ascension du Cervin, aprés avoir réalisé la première hivernale de la face nord des Grandes Jorasses, après avoir ouvert une nouvelle voie sur cette même montagne, l'Italien Walter Bonatti décida de mettre un terme à sa carrière d'alpiniste, à 35 ans, en cumulant l'ascension solitaire, l'ouverture et l'hivernale sur la plus symbolique des montagnes : le Cervin.
Reprenant les termes du guide des Alpes Valaisannes du Club alpin suisse, "cette réussite eut un grand retentissement et reste entouré d'un souffle mystique". Du 18 au 22 février 1965, Walter Bonatti apposa la touche finale de son oeuvre en coupant l'herbe sous le pied des acteurs du grand alpinisme traditionnel; une fois de plus, les alpinistes eurent le sentiment que "tout est fait". Bonatti laissait en héritage une éthique et une élégance exemplaire pour l'alpinisme engagé, mais en même temps il semblait mettre un terme à des années d'évolutions dans la grande difficulté.
L'histoire nous a montré le contraire.

Il ne faudra attendre que quatre années pour voir la créativité des grimpeurs titiller à nouveau cette face nord. Le défi s'appelle le nez de Zmutt; Alesssandro Gogna, qui a à son actif la première solitaire de l'Eperon Walker ( été 1968 ) s'associe à Léo Cerruti pour ouvrir une directe du 14 au 17 juillet 1969. L'histoire moderne de la haute difficulté au Cervin se situe sur le Nez de Zmutt .
Le Nez de Zmutt, proche de l'arête éponyme, à droite de la face nord, forme une sorte de "casquette" qui fait penser à la "Visera" des Mallos de Riglos en Aragon. Le coeur de la face nord se trouve ici, et ce n'est pas un hasard si c'est en cet endroit que se trouve actuellement la plus grande concentration de voies de la face nord.


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