Zone 8 : Du refuge de l'Aigle au col du Clos des Cavales.

-Carte de la zone 8..
-Interview de Yvan Estienne. 25 mai 2004.
-L'équipe qui réalise la traversée Col de la Lauze-Rouies en 1980
-la Chronologie de la traversée de 1980
-Photos d'époque

 




INTERVIEW DE YVAN ESTIENNE, 25 mai 2004.

Présentation de Yvan Estienne : Yvan est guide haute de haute montagne et réside aux Vigneaux, en Vallouise. Grand coureur de sommets, il connait le massif des Ecrins comme sa poche ou pas loin ( il n'a pas encore exploré le fond de la poche ). Son expérience l'a aussi poussé autour du monde....Mais c'est aux Ecrins que nous nous interessons. En 1980 il réalise avec 3 amis une traversée du massif du Col de la Lauze au Col des Rouies...Il est interessant d'entendre les mots de quelqu'un qui a déjà vécu ce genre d'expérience, dans ce massif. Retour sur ce parcours, il y a déjà 24 ans ! Ou l'on découvre à la fois une pratique trés en avance sur l'époque, et des moyens techniques d'il y a ...24 ans ! Tout passe trés vite.

Ah oui c'était paru là dedans ( il découvre un numéro de Alpinisme et Randonnée daté de janvier 1981 ! ). Je ne savais même pas que c'était passé la dedans !...

C'est Dod qui me l'a filé....Ah oui ? Oh lala, même moi je ne l'ais pas...C'est moi ça ! oh la vache ! J'avais la barbe...(Montrant la fameuse "tente parapluie" Audoubert ) Heureusement on avait ce type de tente là, mais on était quand même trés trés lourds ( une constante qui revient ! ).

Je suis un peu ce qu'ils font. ( Yvan regrette de ne pas pouvoir monter les rejoindre à cause de douleurs aux cotes ). Ce que je trouve un peu dommage, c'est qu'il ne puissent pas enchainer, couper c'est un peu dommage....de ne pas rester sur les crêtes.

C'est la météo...Oui, je sais . Nous, nous avions été interrompus dans le projet initial aussi. Le projet initial c'était L'Olan, je pense. Jusqu'au bout, carrement. On s'est arretés aux Rouies, d'un coup il y a eu un changement de temps. On avait eu 15 jours de grand beau et tout à coup, paf ! Je suis allés jusqu'aux Rouies, les autres ont continué une journée et on été obligés d'abandonner. ( Note : Jean Lou Botta les vu à ce moment là ). Il y a eu une période de grand mauvais et on a jamais pu rattaquer.

Vous etes descendus, dans l'idée de remonter, comme eux ? Voilà, on descend, et on voit. C'était déjà tard en saison, 20 septembre, il a fait mauvais et on a jamais pu remonter.

L'idée de faire cette traversée est partie de qui ? J'ai connu Audoubert dans une expédition en Himalaya, à l'Ama Dablam; ce qu'ils avaient fait m'avait vraiment botté, la traversée du Mont Blanc. Audoubert, avec Mabilon, Luneau, qui a écrit ( note : dans alpinisme et Randonnée ) et puis Michel Berruex. Tous les quatre avaient fait cela et je trouvait extraordinaire de pouvoir vivre un truc comme ça, des grandes traversées d'arêtes, sans jamais redescendre. Ils étaient partis du Chardonnet et étaient arrivés aux Contamines. Quand on s'est connu avec Audoubert, je lui ais dis que j'avais comme projet de faire les Ecrins de cette manière là; comme ils l'avaient déjà fait au Mont Blanc et que c'était un peu leur truc, je lui proposais de le faire ensemble. Cela le passionnait, et voilà comment est venue l'idée. C'est vraiment vivre la montagne, tu es là haut et tu ne redescends jamais, c'est extraordinaire. C'est vraiment pas le truc où tu fais la course, tu redescends, tu te reposes.

C'était en quelle année ? je ne sais plus....(vide)...y'a qu'à le lire la dedans ! ! ( montrant Alpinisme et Randonnée ) ( rires ). Donc...1980.

Si on résume tu ne t'es pas greffé à une équipe, mais tu as ramené Audoubert ici. Tout à fait, c'est moi qui leur ais proposé parce que cela m'interessait et à l'époque...c'était un rêve aussi avec Christian Chancel qui était guide, copain, qui s'est tué, et comme lui n'était plus là depuis 1979, l'année où j'ai connu Audoubert, je leur ais proposé car je ne trouvais personne d'autre de motivé pour ce genre de chose, aprés une saison de guide en plus.

Qu'est ce qui prime dans ce genre de projet le technique et le physique, ou le coté ambiance, copains, crêtes ? Un, c'est l'ambiance montagne; deux c'était le coté physique; technique, ce que l'on a fait n'est pas extremement technique. le technique dans cette affaire là, c'était le facile...c'est à dire tout ce qui n'était jamais fait, c'était pourri completement, le technique c'était le "3" completement pourri ! Voilà. Encore que je pense que eux le font à une période moins critique pour ça, parce qu'il y a de la neige, nous on a fait ça un automne sec, c'était des piles d'assiettes, absolument ahurissant. on avait le revers de la médaille, le coté pourri des choses, qu'ils doivent voir malgré tout.

Ils en ressortent que la neige, les corniches, c'est enquiquinant, mais au moins les cailloux sont bien soudés par le gel, au moins jusque là ( le 25 mai ). C'est tout à fait ça, c'est ce que je pense.

C'est un massif où tu as du mal à trouver la meilleure période. Ouaip ! ( rires ). Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise période, il y a des endroits completements pourris, on le sait, où jamais personnes ne va; l'objectif, c'était aussi d'aller dans des endroits où les gens ne vont pas. Et quand j'en suis revenu, des trucs ayant été tentés par François Labande, il n'avait pas réussi pour je ne sais plus quelle raison cette traversée, il m'avait appelé en me disans qu'il imaginait qu'en plein d'endroits nous avions du faire des premières. Je lui ais dis "certainement, mais je ne voudrais en aucun cas que ces premières là apparaissent dans un topo quelconque". Il me demande pourquoi et je dis que c'est completement nul, ce serait idiot de vouloir envoyer des gens, cela ne peux se faire que dans le cadre d'une traversée comme ça. Ca serait idiot pour avoir mon nom dans un topo de faire faire un truc qui ne vaut vraiment pas le coup; tu ne vas pas envoyer des gens faire des arêtes du coté de roche Faurio, c'est completement nul.

Tu ne fais pas la promotion du massif ! Ce n'est pas que je ne fais pas la promotion du massif, il y a des coin, on le sait, il ne faut pas y aller, c'est comme dans le massif du Mont Blanc, il y a des courses où il est completement con d'envoyer des gens. Ce serait idiot, et dangereux !

Parles nous plus précisement de votre traversée : C'est un peu comme eux, j'avais fait le planning et effectivement cela s'est averé beaucoup plus long que prévu! Quand on veut vraiment tenir le fil des arêtes, c'est trés long. Par exemple on avait pensé faire la traversée depuis le pic de la Grave et d'arriver au moins à la breche de la Meije le premier jour, cela s'est avéré impossible, avec les sacs que l'on avait, c'est toujours pareil : on a fait la traversée et on a fait le Rateau que le lendemain. Par contre on a eu une chance inouie, grand beau et pas froid tous les jours, benis des Dieux quoi...Mais ce que j'en ais vraiment retiré c'est que c'est absolument extraordinaire de pouvoir vivre dans une période où il n'y a plus personne en montagne. La meilleure manière de vivre la montagne, c'est celle là.

Vous êtes restés combien de jours ? On a du rester une quinzaine de jours, sans jamais redescendre et sans avoir aucune nouvelles de quoi que ce soit. On pensais que si il y avait vraiment quelque chose on nous aurait retrouvé...y'a bien un hélico qui serait venu. Quoiqu'il en soit, il n'y a aucun hélico qui est venu, c'était un peu secret, personne ne savait. Pas de radio, le portable à l'époque....
Je crois que c'était une belle réussite, d'ailleurs on avait reprogrammé quelque chose aprés, avec la même équipe. On était partis pour faire tous les sommets quie entourent Zermatt, à paritr du Bischorn, on avait prévus 28 "4000" d'affilé, et puis on a chopé un automnne absolument pourri, cela devait être en 82. On a été obligés d'abandonner au 3° jour, bloqués par la tempete, on a attendu 7 jours en Suisse puis on est rentrés. Heureusement on avait pas fait de dépots car nous avions des porteurs, deux mecs qui nous faisais des portages, dont le "grimpeur de tours", Alain Robert.
On était seuls avec Luneau car Mabilon est tombé malade, obligé de redescendre, et Audoubert ne pouvait pas venir.

Que penses tu du projet "initial" des 4 compères ? C'est un projet extraordinaire, c'est vraiment une belle façon de vivre la montagne. Ce que je trouve dommage, c'est qu'ils aient été vraiment embétés par le temps. L'idée de départ étant de ne jamais redscendre, sauf à Bourg d'Oisans. Ceci étant, ils n'avaient pas choisis l'intinéraire le plus facile, c'est tortueux. Là où je me réjouis, c'est qu'ils font des sommets dits secondaires, oubliés disons. Si j'avais eu du temps et que je ne m'étais pas fait mal, faire la partie Fournel m'aurait plu, je trouve cela beau et personne n'y va jamais.

Inclure les faces en cours de route était un luxe irréalisable ? Je pense que c'était réalisable, mais c'est un luxe de fort grimpeur, je dirais de gens de haut niveau. Parce que il y a quand même une accumulation de fatigue. Prévoir ça et pouvoir le faire, avec toute la fatigue accumulée, c'était extremement ambitieux. Il ne faut pas oublier qu'a partir d'un moment l'être humain, quel qu'il soit, "là-dedans" ça "morfle" quand même. Quand nous avions fait cette traversée j'étais vraiment en forme, malgré cela on "prends". C'est dommage qu'ils ne puissent pas le faire, ce qu'ils avainet prévu.

Cela te semble logique par rapport à ta connaissance du massif que le timing de base n'ait pas été respecté ? Cela ne m'étonne pas du tout. Quand j'ai vu le planning, je me suis dis que si ils arrivaient à faire ça ce seraient des surhommes. honnetement. Si on respecte les cretes, c'est tellement long; tu te retrouves à perdre un temps pas possible pour faire des petits rappels de 5 metres, des petites merdes de rien du tout tu y passes deux heures ! Et les journées ne font malheureusement que 10 / 12 heures. Ce n'est pas comme quand tu fais un truc sans surprises. Il y a des surprises sans arret. J'en parlerais avec eux aprés. Ces petits bouts d'arêtes où ils pensent mettre 3 heures, ils vont en mettre 5, 6, 8 ! Ils ont traversé le Fifre, tout ça ?

Non, il ne sont pas là, le Fifre c'est à la fin...on croise les doigts. Si ils veulent vraiment faire ça il faut qu'il aient beaucoup de chance avec le temps. Aprés il y a le physique, au bout d'un moment...on a beau être trés trés fort moralement ! Il ne faut pas non plus pousser trop loin, car quand la fatigue est là, tu ne peux plus récuperer. Mais c'est beau...quand ils seront au Fifre ! Ca c'est pareil, le Fifre, quand tu lis les topos , je me fais ça les deux doigts dans le nez....Le jour où on l'a fait, on a quand même fait La Barre en aller retour, la breche Lory, descendu la traversée des Ecrins par la voie Gaspard, le Fifre, l'arête du Coolidge qui n'est pas facile du tout, traversée jusqu'au col de la temple...(reflexion )...on a dormi au col de la Temple.

Quand j'ai lu votre compte rendu...vous n'avez pas trainé ! Il ya des journées, c'était trés trés long. On allait trés trés vite. On avait de bonnes conditiosn, attention, pas de mauvais temps, on faisait des journées à rallonge. Jamais on a souffert du froid, cela change tout. Le matin tu démarres, tout de suite tu es chaud. J'ai commencé à sentir la fatigue, parce que l'on était trés chargés, dans Coste Rouge. D'ailleurs cette journée là on avait fait "que" Coste Rouge et traversé jusqu'à l'Occidentale, ce qui déjà pas mal avec des sacs qui devaient avoisiner les 15 kilos.

Au niveau matériel...Vous testiez des coques plastiques ? Oui..je les ais toujours ! je les ais gardé en souvenir.

Ce n'est pas ce qui se fait de mieux ? Euh, non pas du tout ! C'était cette période de folie pour les coques plastiques, on pensait que les cuirs c'était fini. Ce n'était pas du tout vrai puisque c'est revenu. Et encore nous avions des coques plastique qui n'était pas trop mal. Un modéle trés fin. je n'ais pas souvenir d'en avoir trop souffert, mais effectivement ce n'était pas le choix de la légéreté. Et avec Audoubert, le choix de la légéreté, on ne mangeait pas de "barres" ! On mangeait du foie gras de canard et tout le bazard ! On a trimballé des pots en verre....t'imagine un peu, maintenant on ne le ferait pas. C'était une autre époque, on réflechi autrement.

Petit apparté, cette engouement pour la coque plastique...J'explique cela simplement : à l'époque les chaussures étaient trés lourdes, prenaient trés vite l'eau, et donc quand est arrivée la coque plastique, qui était finalement plus légère, tout le monde s'est engouffré la-dedans. C'était la nouveauté aussi. Les fabricants de cuir on réagit, ils ont fait des cuirs autrement, ce qui a permi de relancer le cuir. C'est un peu comme le ski, à un moment donné nous pensions que c'était le surf qui allait prendre, le monoski, puis les fabricants ont su réagir en faisant des skis qui permettaient d'être mieux en poudreuse, etc, et le ski c'est reparti à fond la caisse ! Comme quoi il faut toujours un petit quelque chose pour relancer la machine. Mais la plastique existe toujours, pour certains cas de courses, le Mont Blanc j'y vais toujouyrs avec des plastiques, mais effectivement c'est un des rares endroits.

(Retour à la skyline ) C'est un beau truc auquels ils s'attaquent...

C'est déjà bien engagé...Oui. Arriver à Villar Reymond ce n'est pas le projet uinitial mais c'est une trés belle performance.

Dod, dans ses projets place la barre tellement haut, qu'il y a qu'une petite probabilité de le réaliser...Mais il ne faut pas le vivre comme un échec. Ils sont en train de faire bien plus qu'une solution de rechange ! Oui tout à fait. De toute façon, je trouve que traverser toutes ces arêtes completement pourries c'est un exploit beaucoup plus grand que d'enchainer même la face nord de la Meije en Solo, honnetement, tellement il faut avoir le pied sûr. La traversée du Sirac par exemple, c'est pire que l'on puisse imaginer ! Il faut avoir l'oeil, énormément anticiper sur les probalités de passages. La travesée des Ailefroide c'est pareil. Nous avions construit une terasse la-haut en une heure ! Parce que c'est tellement pourri que tu pousses les blocs et hop la terasse elle est faite !

Ce qu'ils font c'est trés trés chouette. Ils portent la tente et tout ?

Oui. ( sifflement d'admiration ). Et Pellet est avec lui ?

Oui. Eh ben...remarque que lui n'a pas d'obligations familiales ! Il est adorable. Il doit être extrement agréable.

Toni a abandoné ? Maintenant les descentes...c'est tard. Cela va être difficile.

Oui, mais il s'occupe toujours de l'intendance.

La discussion part alors sur les conditions d'enneigement de cette saison....et sur la météo déplorable de ce printemps, laissant le sujet de la Skyline de coté. Il faut dire qu'une discussion avec Yvan....c'est fourni !

 

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L'EQUIPE DE LA TRAVERSEE DE 1980

( renseignements fournis par Yvan Estienne ).


-Louis Audoubert.Conférencier, ecrivain, cinéaste , pyrénéiste et grand alpiniste

-Yvan Estienne.Je me le demande encore!!!!

-Michel Mabilon.Commerçant magasin de sport

-Alain Robert.? escaladeur d'immeuble!!!!!!

-Franck Rochas.Tailleur de pierre entre autre

-Pierre Luneau. Parapentiste , potier et voyageur

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CHRONOLOGIE EN 1980

10 septembre 1980. Col de la lauze-Pic de la Grave-Col de la Girose.
11 septembre 1980. Col de la Girose-Rateau-Breche de la Meije.
12 septembre 1980 Breche de la Meije-Meije-Pavé-Col de la Grande Ruine ( impressionnant...)
13 septembre 1980. Col de la grande Ruine-Grande Ruine-Pic Bourcet.
14 Septembre 1980. Pic Bourcet-Roche d'Alvau.
15 septembre 1980. Roche d'Alvau-Roche faurio-Col des Ecrins-refuge des Ecrins ( dépot de vivres volé au col..).
16 septembre 1980. Col des Ecrins-Barre des Ecrins-Fifre-Coolidge-Col de la Temple ( impressionnant encore...).
17 septembre 1980. Col de la Temple-Ailefroide centrale-Ailefroide occidentale.
18 septembre 1980 Ailefroide occidentale-Col du Sélé.
19 septembre 1980 Col du Sélé-Boeufs Rouges-Bans-Col du Gioberney.
20 septembre 1980 Col du Gioberney-Pic du Says-Pic du Vacivier.
21 septembre 1980 Descente au refuge du Pigeonnier sous la pluie.

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LES PHOTOS D'EPOQUE, clichés Yvan Estienne.


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A la Meije.
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Arête de Coste Rouge.
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Sur l'Ailefroide.
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Ailefroide, au fond les Ecrins et le Mont Blanc.
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Montée aux Bans.
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Guillaume Christian Guide de haute montagne Moniteur de ski
2 rue du génépi F-05120 L'Argentière la Bessée