Zone 4: De la breche de l'Olan au col des Berches.

-Carte de la zone 4. Dernière mise à jour du tracé le 6 Juin 2004.
-Récit traversée de l'Aiguille D'Olan
-Les petits mots de Fredo.
-Premiere pierre à l'Olan



TRAVERSEE DE L'AIGUILLE D'OLAN, LA POINTE MAXIMIN, L'AIGUILLE ROUSSE ET LA POINTE D'ENTRE PIERROUX, le Vendredi 4 Juin 2004.

Tronc est fatigué et pour ce retour sur les crêtes aprés le mauvais temps il prefère finir de récuperer de l'angine. Dod a donc fait appel à moi pour traverser les arêtes avec lui. Nous retrouverons ainsi Tronc le soir qui montera toutes les affaires de bivouac et le ravitaillement au point final prévu de la journée, nous évitant de porter un sac lourd. Voici mon récit à l'issue de la journée.

Jeudi aprés midi, nous nous retrouvons à trois sur le parking de Champhorent pour monter à la Lavey : Riton, gardien du refuge de la Pilatte, André Jourdan, mon voisin, et moi même ( Guillaume ). Les sacs chargés de précieux ravitaillements comme des lègumes, un bon cru de Bordeaux, un bon cru de Bourgogne et une fiole de Pastis...
La montée est tranquille, les retrouvailles chaleureuses. S'en suis un repas joyeux, ponctué d'anecdotes de Tronc plutôt croustillantes.

Vendredi matin, lever 2 heures. Dod et moi-même partons à 2 heures 40 pour récuperer du matos laissé au pied du glacier, sous l'Aiguille D'Olan, pour ensuite traverser les arêtes ensemble.
A 5 heures, lever de Tronc qui veut encore se reposer, Riton et André. Ils vont monter le bivouac au pied du Col d'Entre Pierroux, vers 3100 m. d'altitude, nous permettant de faire une traversée légère.
Dod en a profité pour revoir ses ambitions à la hausse ! Nous allons en croiser, des gendarmes ! Aucun ne pourra pourtant nous "empeguer" pour excés de vitesse...c'est ce qu'on appelle de la prévention, non ? Alors, devant tant de rappels à l'ordre nous adaptons un rythme de sénateurs....bien entrainés. Aiguille d'Olan, Pointe Maximin, Aiguille Rousse et Aiguille d'Entre Pierroux. Le brouillard nous cueille au Col des Aiguilles au pied de l'Aiguille Rousse. A deux pas du sommet de l'Aiguille Rousse au col je laisse Dod toper la cime tout seul. Dans la descente de l'aiguille d'Entre Pierroux le brouillard nous ralenti, nous n'arrivons pas à anticiper l'itinéraire, la vue porte à 30 metres ! Sur le glacier, nous nous appelons mutuellement avec Tronc pour trouver son bivouac. Une soupe chaude et chaleureuse nous accueille, André est là aussi, il est 19 heures ...bonne journée !
Riton est redescendus ce matin aprés le portage, nous serons donc 4 à coucher là.

Samedi matin. Départ de Tronc, gaillard, et de Dod vers le Col d'Entre Pierroux et la Traversée des Arias. Projet, atteindre le col de la Mariande ce soir, voire plus loin. Je fais un bout de trace avec eux. Il est difficile de s'arracher à l'envoutement de l'altitude, et bien plus encore au charme de ces deux voyageurs des cimes qui poussent leur pierre au long des crêtes de l'Oisans.

Merci à eux de nous procurer ces instants magiques de rêves et de réalités mélés, merci de demonter que l'aventure est à notre porte, faite de gestes simples mais précis, de volontés fortes et de solidarités multiples. La Skyline, c'est la belle traversée d'une chaine de montagnes exceptionnellement attachante, mais c'est aussi une chaine de l'amitié qui uni les pensées et les actes vers les sommets.

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LES PETITS MOTS DE FREDO

Fredo, espiègle, a dissimulé des petits mots dans les affaires destinées à être montées aux skyliners. Remis bouts à bouts, les petits mots donnent ce texte : sacré Fredo !

Salut les filles !

J'espère que ça bande pour vous, j'ai hate de vous rejoindre mais pour l'instant j'ai du mal à monter les escaliers. Je suis comme un lion en cage, aprés les étapes de 13 heures qu'on s'est farci, je ne dors pas la nuit tant mes journées sont épuisantes aujourd'hui. Je ne connais plus la faim, je commence même à retirer le gras de la viande, help ! Venez me chercher, il fait trop chaud en plus ici !
Bon je m'occupe en écrivant un récit qui s'appellerait "Un Oisans pour 1, 2 , 3 , 4 oiseaux".
Tous les jours je mire la carte. je vous surveille, n'allez pas trop vite qu'il m'en reste un peu. Dod le diesel qui monte dans les tours chaque jour un peu plus, autant il décolle ! Guillaume a tapé un essai en planeur pour vous filmer mais le plafond était trop bas et l'engin de voltige trop vite à 2,7 G....il en a mis plein le hublot !
Allo c'est le Dod des montagnes, si vous nous ramenez pas une tente on va tout faire peter. Tu la veux ta guerre ? Adrienne on va dormir dans des sacs plastiques !!
Allo c'est Tronc Skyline, vous me recevez les copains, j'ai perdu ma bouteille de Volvic au citron, celle qui va bien pour pisser la nuit sans sortir du duvet, si vous avez 5 minutes, montez en une.
Dod, si Tronc fait pas la cuisine ne lui donne rien à manger et s'il ne fait pas fondre la neige bourre lui de la glace dans sa gourde. Si il prends tes shoes pour aller déféquer à 100 km/h met lui de la neige dans son duvet. Si il oublie encore son piolet au relais greffe lui en un !
Dod arrête de charger ton sac comme un bourricot, on t'entend gueuler jusque dans la vallée le matin quand tu charges. Dod, l'homme qui porte plus lourd : mère, belle mère, arrière....et en plus même pas mal au dos, d'abord.
Dimanche j'ai 32 ans je boirais beaucoup à votre santé et j'espère vous ramener une part du gateau trés vite. Yvan Estienne vous encourage encore, les enfants de Tronc embrassent leur héros de Papa, toute la tribu des énervés vous la souhaite bien bonne et surtout restez bien tendu...entendu.

A tout de suite.

Fredo.

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L'OLAN, Première pierre.

En 1993, Lionel Daudet pose la première pierre d'un édifice solide. Solide comme un roc voudrait on dire. Cet édifice solide, c'est le désir de grimper des itinéraires majeurs dans un style bien personnel, sans concessions, en solitaire ou en cordée. Et comme il faut prendre ces pierres de tailles dans les meilleures carrières, Lionel "Dod" n'a pas choisi le plus vilain des cailloux. Le théatre de cette ascension est la face nord ouest de l'Olan, face dans laquelle les grimpeurs de la Skyline veulent venir tisser l'une des belles parures de leur épopée. Si l'on compare cette traversée à une tapisserie de conception médiévale, il est sûr que l'on peut imaginer nos "héros" ( herauts ? ) portant bannière pour colporter une bonne nouvelle sur les crêtes des Ecrins; non pas la nouvelle d'une victoire dans un âpre combat. La nouvelle d'une union entre toutes ces montagnes, les vallées qui les baignent et les humains qui en ont fait l'histoire. Ainsi, au travers de leurs ascensions pouvont nous, nous aussi, chevaucher les cimes comme des fièrs destriers, battant l'air inutile tels de simples Don Quichotte, pour la beauté du geste et le plaisir du rêve...qu'ils en soient remerciés.


La face nord ouest de l'Olan et le vallon de Fond Turbat.

En 1993 donc, Dod gravit en hivernale la face nord ouest de l'Olan, en deux jours, par la voie "Bouilloux -Wilmart, sortie directe "Cambon-Francou". Amateurs de chiffres : ouverte en 2 jours en aout 1977, ED+, 600 m. de socle et 500 de paroi verticale, sortie Cambon-Francou ouverte le 15 aout 1981.Comment nier l'Histoire de cette paroi ? René Desmaison y fait une première hivernale, la "Devies - Gervasutti", et veint ouvrir ce qui deviendra la "Couzy-Desmaison". Quand en 1993, Dod réponds à l'interveiw de Luc Jourjon aprés son ascension, nous apprenons qu'à l'age de 13 ans il assiste à une conférence qui l'a marquée, conférence donnée à Saumur par René Desmaison; tiens tiens...

Cet Olan, initiatique, n'est pas une montagne banale; elle est un peu à l'écart, bien cachée au fond du Valjouffrey. On l'a appelé "le dru du Dauphiné". Flatteur ! C'est dire la raideur de la paroi terminale. Dod nous livre ce texte écrit alors et paru dans le n° 3/1993 de "la montagne et alpinisme"

"UNE HIVERNALE A L'OLAN.

Une fois arrivé au refuge de Font Turbat, au pied de la lointaine face nord-ouest de l'olan, mon compagnon de cordée décide de renoncer. Mais pour moi il n'en est pas question. C'est pourquoi je choisi de partir seul, me sentant prêt à aborder en solo une paroi de cette ampleur. Aprés avoir déposé du matériel dans le vétuste abri, je retourne sur Albertville récuperer diverses affaires. Le lendemain je quitte l'agréable chalet, en début d'aprés midi. La 4L s'élance vaillament sur l'autoroute, de toute la force de ses maigres chevaux. Peine perdue ! Arrivé au Désert en Valjouffrey, dernier village avant le parking, un tracteur obstrue une ruelle étroite. Le temps de retrouver son proporiètaire, il est 17 heures 15 lorsque je pénêtre dans cet interminable vallon de Font Turbat, motivé, révolté, débordant d'énérgie.


Tracé de la voie ( cliquable).

Ascension Solitaire.


Vue plongeante du haut de la face.Photo L.Daudet.

Déjà une journée et demi dans la paroi. Je viens de planter deux solides pitons pour mon relais, au dessus de la diagonale sommitale, un des passages clés de l'ascension. la descente ne s'annonce pas facile, en raison des nombreux pendules à effectuer pour récuperer friends et coinceurs placés dans cette fissure diagonale.
Bien qu'étant coutumier des grands vides, du gaz vertigineux, mon coeur ne peut s'empecher de battre la chamade, mes mains de devenir moites, ma respiration de s'accelerer: les montagnes tournent autour de moi dans un kaleidoscope effrené. Enfin la ronde infernale s'arrête. En plein fil d'araignée, à trois metres de la paroi lisse, je débloqiue mon machard. Mes chaussons de nouveau foulent la neige, légèrement trembalnts. Le sac accroché entre mes jambes, les yeux appeurés, je regarde avant d'effectuer la remontée, la corde s'évader dans le ciel bleu. Stoïque, je m'invective.

Le premier fractionnement, d'une vingtaine de metres, me relie encore à la paroi. Mais bientôt j'évolue en plein vide, uniquement raccroché à la vie par ce brin de 9 millimetres qu'à cet instant je juge décidement trop abimé. Calme et lucide, je m'éforce, par petites brassées de me rapprocher du prochain piton.

Enfin, la diagonale est sous mes pieds. Néanmoins ma vigilance ne décroit pas d'un iota : une traversée trés délicate, surmontée de roches tranchantes comme du rasoir, ne m'invite pas à penduler. Doucement je remonte sans me désquilibrer. Homme et sac arrivent au relais, sains et saufs.

Désormais le sommet est proche Pour la première fois, je plie méticuleusement ma pauvre corde et la glisse dans le gri-gri bicolé puis je redispose le matériel sur mon torse et mon baudrier, dans un ordre éternel. Mon anneau d'auto-assurance regagne sagement les sangles bardant ma poitrine. L'escalade peut recommencer.

 


Bivouac au sommet.


Relais. Phot L.Daudet.

Au sommet. Photo L.Daudet.

Le soir naissant, les premières étoiles s'allument. J'ai rejoint l'arête sommitale, me rapprochant peu à peu du sommet, en proie à une concentration extreme. Le moindre faux pas serait ici fatal. J'appréhende la descente de l'arête nord qui m'est totalement inconnue. Mais qu'importe ! Ce soir, assis au sommet de l'Olan, les gateaux ont un gout de paradis. Je creuse une tranchée dans la neige, déploie ma couverture de survie, enfile le duvet dans le sursac. Le bivouac s'annonce princier. Hélas durant la nuit, un vent violent et froid se déchaine, m'empêchant de savourer un sommeil réparateur. Au petit matin, de nouveau mon attention s'éveille, tout mon être se concentre sur un unique point : la descente.

De descescalade en desescalade, je perds peu à peu de l'altitude, dédaignant les quelques anneaux de rappels rencontrés. En fait, un seul rappel me sera nécessaire pour rejoindre le glacier de sSelettes. Je titube, légérement fatigué. parfois, je m'assieds lourdement dans la neige, et contemple le superbe paysage qui s'offre à mes yeux. La courte remontée sur la breche de l'olan se fait rudement ressentir. "Pause", réclame mon corps quelque peu éprouvé. Au soleil, abrité du vent, le réchaud est mis en route pour un petit déjeuner tardif certes, mais amplement mérité. Cet arrêt m'aura été bénéfique : gaillardement, je reprends la marche vers le refuge. mes cuisses durement sollicitées ne tardent pas à prendre feu. J'ai hâte d'arriver, cependant la neige, ramollie par la chaleur du soleil, me joue des tours. Une fois sur deux, mon pied crêve une croute détestable et ma cuisse disparait, happée par la neige. Enfin le refuge !

Deshydraté, j'ingurgite soupe sur soupe, thé sur café. Je serais bien resté à dormir dans ce lieu sympathique, mais j'imagine trop bien la joie des retrouvailles. alors, lentement, se dessine le retour vers les hommes."


L'arête nord. Photo L.Daudet.

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Guillaume Christian Guide de haute montagne Moniteur de ski
2 rue du génépi F-05120 L'Argentière la Bessée