Note : La première partie jusqu'au Pas de la Cavale n'est pas présente sur la carte.
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INTERVIEW DE TONI LAMICHE, 29 Avril 2004.
La Skyline originelle a subi une modification d'ampleur : les 4 protagonistes se sont retrouvé face au défi de suivre les cretes continuellement, ce qui prend un temps considérable. Voulant rester dans l'esprit "Skyline", c'est à dire ligne de crêtes, ils ont preferer modifier l'organisation plutôt que de contourner systématiquement les arêtes trop technique par les pentes sous-jacentes. Voici par le récit de Toni Lamiche du 29 Avril le déroulement du départ, des premieres jours de la Skyline et la décisions de changement de programme, et sa descente à skis du Pic Felix Neff..
LE DEPART
Toni, un départ le mardi 20 Avril, dans quel état d'esprit ? Bon
état d'esprit, beau temps, en début d'aprés-midi vers 14
heures, tous bien contents. On est partis en vélo puis en ski de randonnée
pour monter jusqu'au col d'Anon...moi j'avais choisis la voiture et à
pied. Parce qu'on avait toutes les affaires à monter, les sacs, le camp;
en fait on a fait la maintenance car on a redescendu les vélos, donné
les skis de rando car ils montaient sans sac à dos. On les a suivis jusqu'au
Sapey dans la super camionette de Souris ! On a ensuite fait le tour avec toutes
les affaires, on est montés assez haut vers le col d'Anon avec mon père,
Ziza, Véro, Emilie, et en fait là on a fait un gros portage en
haut du Col d'Anon pour la tente, pour tout, et il arrivaient en ski.
Vous etes donc montés par le versant sud et les 3 autres par
le versant nord ? Voilà; et donc là, les filles avaient
monté des saucisses, on a fait un énorme feu, on était
une bonne dizaine !
Donc bonne surprise au col pour cette veillée d'armes... Ouaip,
on avait un endroit plat, beaucoup de bois, les filles, la nourriture, le vin
rouge, tout était parfait, une bonne première nuit. Par contre
on s'est rendu compte en les préparant qu'on avait vraiment des trés
gros sacs. On ne voulait pas s'en rendre compte avant, mais enfin bon, moi je
l'avais un peu vu d'ailleurs...Donc voilà on s'est préparés
par partir autonomes le lendemain.
LES CRETES DU FOURNEL.
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Racontes nous cette première partie
des crêtes du Fournel, l'ambiance sur l'arête : Lever
au petit matin, mercredi, tranquilles. Partis petit rythme, les sacs étaint
lourds, lourds, lourds, tous en raquette, les journalistes et moi en ski.
Tête de la Lauzière cela s'est assez bien passé, Tête
des Raisins c'était plus long et c'est là en fait que tout
le monde nous a laché. On était alors que tout les quatre.
On est arrivés à la tête de Dormillouse, cela faisait
bien 7 / 8 heures que l'on marchait, on s'est dit "houlala, ça
commence à être long". On avait un bon rythme mais on
avait vraiment de gros sacs. On a encore un tout petit peu avancé
jusqu'à un petit col inconnu au bataillon mais qui nous a été
salvateur car bien plat, on a pas trop eu à pelleter. En résumé,
beaucoup de pas d'escalade, montées, descentes, encordés
car c'était hyper corniché. On a passé la première
nuit là. |
Et là, le moral toujours au beau fixe ? Pas trop de soucis, on voyait le collet de Soulaure un peu plus loin, là où on avait prévu de dormir...le lendemain on a vu qu'il était bien plus loin puisqu'on a mis une journée de là où on était pour y aller ! Ce que l'on avait prévu en une journée, on a déjà mis 2 jours ! On s'est dit "aie!". A quel moment vous êtes vous rendu compte de l'ampleur réélle du projet ? Moi je m'en suis rendu compte direct le premier jour. L'échelle que l'on avait prévu c'est celle d'un randonneur sac à dos léger, là c'était plutôt "Daudesque" (note : qualificatif en usage par ici pour désigner toute entreprise surhumaine et un brin irréaliste - bien qu'elle se réalise toujours- et généralement initiée par Lionel Daudet... ). Là j'ai eu mes premières pensées de changement d'objectif. Ca me convenait pas, j'avais envie de faire beaucoup de ski de descente et de découvrir le massif, et là en fait il fallait pour continuer sur les crêtes occulter completement le ski. Déjà au Collet du Soulaure on a commencé à en parler. On a eu plusieurs solutions en fait. L'une consistait pour moi à arrêter les crêtes et pour les autres à ne plus envisager de gravir les faces : donc on enlève le matos technique, on tombe les raquettes. Et si je continuais avec eux, je tombais les skis aussi et on avait personne pour la bouffe. Il y a 6 jours de bouffe tout les 6 jours de marche ... mais ils sont tous les 15 jours en réalité....L'échelle est completement folle. |
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Tu quittes donc Dod, Fredo et Tronc le lendemain au Pic Felix Neff ? Tu vas devenir l'interlocuteur privilegié de la Skyline dans la vallée tout en restant acteur ? Un tout petit peu, nettement moins acteur que les autres. Eux, ils sont là haut, moi, je suis en bas...Je mange chaud, je dors chaud ! Tu n'as pas pour autant déconnecté du projet ? Je suis toujours au moins leur porteur officiel. |
Vu ton état d'esprit, pas de grosse frustration de ne pas être sur les crêtes ? Non, non, aucune. N'étant pas partis dans un but de performance, je ne suis pas du tout frustré; je suis même trés content, j'ai fait un truc super !
DESCENTE A SKIS DE LA FACE NORD DU PIC
FELIX NEFF.
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Vendredi 23 Avril : On part
tranquilles, je savais que le collet de Soulaure est une des descentes
les plus raides du massif actuellement, le Felix Neff est plus long, donc....je
me suis dis que cela allait être bien chaud, je n'étais pas
remonté dedans. On a mis 5 heures pour monter au Felix neff, c'était
beaucoup de varappe, de desescalade dure et tout. On s'est retrouvés
au sommet du Pic Felix Neff et là impossible de retrouver la petite
breche de départ. D'en bas on a l'impression que c'est tout de
suite là et en fait il y a 120 m. de rappel ! J'ai commencé
la descente à pied avec les autres par l'arête pour descendre
plus loin; pour Tronc c'était acquis que cela ne pouvais pas se
faire, trop raide. Je descends en 2° derrière lui et aprés
quelques metres j'ai vu comme un petit couloir, et j'ai dis à Tronc
que j'allais quand même voir à pied. Il m'a assuré
sur 20 metres et j'ai vu que cela passait en skis. Je l'ais donc tenté
à skis. Ils m'ont assuré sur 120 m. en raboutant deux brins.
C'était vachement raide et ça m'a emmené en face
ouest. pas du tout du bon coté. |
Face à la grande Cabane ? Voilà. Je me suis décordé, j'ai fait une petite traversée qui m'a ramené au col hyper raide au dessus des barres. Le reste je l'avais bien dans la tête, je l'ais tenté car au niveau horaire c'était top, cela allait être revenu en bas. C'était une première ? Je crois, oui. Et à ta connaissance, le versant avait
déjà été remonté ? Oui,
remonté par pas mal de chasseurs qui ont bartassé par là.
Le père Lombard ( note : de François Lombard ) et le père
Souris ont remonté le pilier qui est en dessous, et le père
Lombard était descendu en faisant des rappels droit sous le pic
Felix Neff. |
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Tu avais déjà skié si raide ailleurs ? Oui, j'aime ça. De cette longueur là, de cette envergure là...même le coup de Sabre et tout ça , cela n'a rien à voir; au coup de Sabre, tu fais du ski dans de la neige, dans une pente, là il y a les barres , il faut louvoyer, c'est plus long. C'est le double du coup de Sabre.... De plus, le matériel emmené est étudié pour la traversée, ce n'est pas le plus technique qui soit. J'avais pris quand même de bonnes chaussures de rando bien trafiquées, et des skis larges de 84 mm au patin avec des Low-tech. C'est du super matos pour skier car là il ne faut pas tomber...Bonne descente à skis donc, les répétiteurs vont se régaler. |
Et maintenant, tu envisages quoi comme descente ? J'aimerais bien faire la breche de Bonvoisin et le couloir NE du Pic Jocelme. En même temps je leur fait un portage pour qu'ils puissent rejoindre le col du Sellar.

ARRIVEE CHEZ TROUTROU ( Stéphane Troussier ). ( 1° Mai 2004 ).
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Dod, souriant devant les bières. |
Tronc à gauche, Troutrou à droite. |
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Fredo encadré par Toni et Pascaline. |
Fredo. |
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Les deux penseurs de l'aprés midi.... |
Un sourire qui fait plaisir à voir ! |
ENTRETIEN AVEC DOD DE PASSAGE AU CAMP DE BASE, 1° mai 2004.
Instantanés de conversation tout azimuts précédant un repas fort agréable ( merci le beurre blanc du beau papa de Dod ).
Ces arêtes, comment progressez vous ? On a un brin de 60 m. chacun encordé à distance égale, 0, 30 60. Sauf dans les difficultés. mais on a été trés souvent à 60 metres. Avec les pentes de neige merdiques, t'as pas trop envie d'être à 10 metres !
Vous avez toujours suivi la crête, si ce n'est pour descendre de la pointe des Rougnoux au Pas du Loup ? A la descente, oui. Mais si tu veux vraiment être extremiste, c'est faux de dire que tu suis toujours la crête. Tu vois de la pointe de Chanteloube pour rejoindre le col du Loup de Champoléon, Toni nous a dis à la radio qu'il y avait une grande pente de neige à droite, on l'a prise....Voilà c'est une adaptation au terrain. Aprés, disons, une des règles que l'on s'est fixé, c'est de passer sur tous les sommets qui sont mentionnés sur la ligne de crête; c'est un peu le credo.
Du pas de la Cavale à la Pointe de Chanteloube, j'ai l'image d'une crête facile, c'est le cas ? Ah non, non, non ! C'est vraiment pas le cas....Le pic de la Cavale ça c'est facile, il y a de grosses pentes de neige sur le coté. Par contre aprés cela devient vraiment...c'est Tronc qui était en tête et on a vraiment eu des fils de rasoir.
Rocheux ? Ah oui, rocheux ! Vraiment technique. Des fils de rasoir où il fallait descendre de plusieurs metres, vraiment beaucoup d'escalade technique. On est arrivé sous la pointe des Bouchiers, cela fait 4 metres verticaux.
Par contre en été déneigé, cela aurait-il encore un interêt ? On en bave vraiment parce que c'est dur, mais esthétiquement c'est tellement exceptionnel ! Il y a des corniches et des arêtes ourlées, c'est fantastique. Aprés, si, cela aurait de l'interêt l'été, mais peut-être plus vers ces arêtes de la pointe de Chanteloube. Mais actuellement tu as des rochers qui sont pris dans la neige, tu es moins tributaire du caillou qui n'est pas excellent. Le Fournel par exemple, je suis content de l'avoir fait maintenant , même si ça se trouve à l'automne tu galopes dedans, c'est quand même plein d'ardoises.
Géographiquement, cela donne une dimension immense au massif des Ecrins ? Ah oui, c'est vraiment fabuleux ! En plus tu vois vraiment la ligne de la limite climatique; quand t'es au Pas de la Cavale, tu vois les flux d'ouest qui rentrent, qui reviennent, tu sens vraiment que tu es sur une articulation, une épine dorsale.
Pour revenir au matériel, vous avez laché plein de pitons, plein de trucs comme ça ? Pas tant que ça ! Des pitons, non pas trop....
Vous êtes donc encore lourds ? Oui, moi je suis bien à 25 kg.
C'est énorme ! Tu sais, ça va trés trés vite. T'as la tente, l'essence. Tu vois, pourtant les mousquetons on les a tous pesés, j'ai pris des fils ( note : des mousquetons à fil ). T'es obligé d'avoir un jeu de friends, un jeu de coinceurs, des anneaux, de la cordelette : je ne te racontes pas la quantité de cordelette, heureusement que Béal nous file des rouleaux !
Au niveau des images, vous faites des photos ? Oui, il y a une caméra aussi.
Et vous avez des clichés assez déments ? Oui, j'espère. Tu vois là je suis vraiemnt content d'avoir pris le petit "mju 2", tu le sors n'importe quand. Parce que l'autre ( note : un reflex 24x36 argentique Canon, volumineux ), j'ai du faire des photos superbes au bivouac, mais il n'y a que la que j'ai fait des photos !! Et il ya Tronc qui en fait pas mal avec son Leica, il a des superbes optiques, je pense qu'il doit faire de superbes photos.Quand tu es sur les crêtes avec de belles lumières, ça ne te plantes pas, tu fais de la belle photo !
Au sujet de ces photos, que l'on attends avec impatience ( rires et commentaires ) ...Toni m'as dis qu'il allait me passer un appareil numérique, celui de Babar, cela permet de descendre des photos rapidement, et c'est completement complémentaire.
Et Fredo ? Fredo, lui, fait de la vidéo.
Bon, vous avez l'air de vous régaler ? Oui, c'est super beau; c'est vrai qu'on en bave, c'est dur, c'est vraiment des journées...Mais on alterne souvent, Fredo en général est au milieu, et avec Tronc on se fait des journées où chacun de nous est en tête. Par contre tu te fais des traces de marcassins !
Quand je vous ais vu tout à l'heure ( note : à 13 heures à l'arrivée chez Troutrou ), on n'avait pas l'impression que vous reveniez d'une face abominable mais plutôt de "vacances", vous aviez un sourire total ! On a le sentiment que c'est le régal ! Ouaip...Oui c'est le régal, même si derrière faut pas se leurrer...Véro à vu le duvet tout à l'heure, il est trempé, mais trempé ! et la tente...le matin, il fait hyper froid, c'est des conditions dures. Mais c'est vrai que les arêtes sont tellement belles que...c'est l'Alaska et je le pense vraiment, c'est l'Himalaya ! T'es sur les arêtes du Fournel, tu franchis une porte et t'es dans un autre monde, c'est clair.
Les trois jours de tempete, cela te rappelles le mont Combattant , des choses comme ça , où cela n'a rien à voir ? Non cela n'as rien à voir, parce qu'il y a quelquechose de trés important, c'est que là on a une radio, et moi c'est vrai je ne fonctionne jamais avec une radio, cela me change la donne. Puis tu vois, il y a des copains qui montent, l'autre jour Toni et Troutrou, tu peux pas imaginer, ça fait hyper chaud au coeur, c'est vachement sympa. Là on a pris la décision de descendre, on l'a prise c'est bien et puis voilà, mais je n'ais pas envie de renouveler ça.
Comment la vous vivez, cette descente ? Moi cela me fait un peu "extra-terrestre", personne n'avais envie de descendre, mais tout le monde s'est dit que c'était peut-être plus sage, en restant là haut on arrivait pas à se reposer, la météo est mauvaise...
Vous aviez eu des vacations avec Toni ? Pas avec Toni directement, on ne savais pas si il monterait. Ils annoncaient vraiment mauvais, pas le bon plan. Aprés c'est sur que l'on a pas envie de redescendre, par rapport à un idéal. On s'est dit aussi que par rapport à la longueur du projet, si on se fait deux jours de vraiment gros gros baston dans le mauvais comme on avait déjà fait, et que aprés on est completement flingués......
Quand on est dans la vallée, on ne se rends pas vraiment compte des conditions là haut ! Oui là c'est un peu un retour au camp de base, on a vu comment cela était vraiment, ce qui nous attend, et bon, cela permet de régler encore quelques petits calages. Mais je suis sur que Fredo est comme Tronc et moi, on a la tête encore là haut.
Et là vous attendez le beau ?Là, on ne veut pas rester 15 jours ici, c'est sur, dés que la météo s'améliore, la semaine prochaine, on remonte.
Mardi, mercredi ? Oui, par là on espère. On ne veut pas rester trop longtemps dans la vallée non plus. On est super motivés par les lignes de crêtes. Bon c'est sur que les faces , cela aurait été un plus au projet, il fallait choisir.
Avec le recul, le projet initial, cela te parraissait utopique ? C'est sur qu'il y a un coté aléatoire qui était important avec la météo; mais en fait il aurait fallu disposer de beaucoup plus de temps, c'est plus un projet de 2 mois...si il fait mauvais, tu te poses au pied de la face et t'attends !
On se souvient de ta tentative de Trilogie et du temps que tu as passé rien qu'en jonction d'une face à l'autre en ski de rando...Ce qui est sur c'est que je ne dispose pas d'un temps infini alors que la trilogie ce n'était pas le cas. Je m'étais dis que si je débordais sur Avril, cela ne me génais plus. C'est toujours par rapport à la montagne un coup de poker, si tu as un mois comme le printemps de l'année dernière, il avait fait super beau.
Autre sujet :ce qui est dément, c'est que Toni reste super motivé ! Oui, c'est une faculté d'adaptation vis à vis du projet. Le faire par rapport aux descentes à skis, c'est trés bien faire la Skyline dans cet esprit là. Et comme on brasse et tout, c'est vraiment bien qu'il y ait Toni dans la vallée; sinon on aurait galéré avec la bouffe, on avait besoin de quelqu'un de dispos, c'est bien comme ça...Mais tu vois nous on ne se projete pas, on est plutôt dans les journées sur les arêtes, tu chopes un coup de mauvais, tu avances un peu dans le mauvais, tu retournes au camp de base, il neige des wagons tu attends, c'est la difference avec une logique d'expé, tu peux avoir une météo, disons, fiable. Mais tu vois en en parlait avec Tronc, à part le timing, on était super bien calés, au niveau matos, on ne s'est pas fait cueillir là haut par la première mauvaise météo...
S'ensuit un trés bon repas....
ENTRETIEN AVEC DOD AU CAMP DE BASE, 13 mai 2004 au soir.
Alors Dod, enfin arraché à l'inaction ! Quand repartez vous ? Eh bien normalement demain aprés midi ( note : vendredi aprés midi ), aprés manger.
Comment procedez vous pour rejoindre les crêtes ? On va retrouver le point de départ à l'endroit où on est redscendus la dernière fois, c'est à dire le col de Sirac.
La météo est vraiment bonne cette fois ? Que dis le routeur météo de Tronc ? Alors là il faudrait poser la question à Tronc trés précisement, mais bon là apparement il y a l'air d'y avoir une ouverture.
L'attente fut longue ! Qu'as tu fait pendant ces journées passées au camp de base ? cela n'a pas été un problème pour moi, j'avais mon livre à finir. Donc j'ai fini de l'écrire, et là cela tombe bien car je viens de finir les corrections.
C'est un scoop ! C'est un livre qui sortira bientôt ? En Novembre.
Eh bien super, et bon vent à tous !!
PREPARATIFS DU DEPART, 14 mai
2004.
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Tronc charge le sac. |
Il fera mauvais ? Tronc a prévu un mini jeu
d'échecs magnétique ! |
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Peaux de phoques minimales pour mini-skis. |
Fredo régle ses fixations. |
FREDO NOUS RACONTE LA TRAVERSEE DU BONVOISIN ET LE RESTE..., 19 mai 2004.
Fredo est redescendu aprés avoir abimé
son genou sur sur une chute bénigne.
"Malamort : on l'a fait dans le brouillard total ! Au début on avait
bien vu où cela passait, on a erré dans le brouillard, arrivés
au sommet. C'est super marrant parce que arrivés dessus, on savait que
c'est à gauche le Bonvoisin; et en fait on croyait que c'était
devant. On s'est dit "bizzare", on savait plus bien où on était
arrivés ! On est bien au sommet là ?? Puis tout à coup
cela s'est dégagé, putain ouaip d'accord on a compris, le Bonvoisin,
on a compris qu'on allait passer une bonne journée le lendemain !
On est un peu descendus sur la breche des Bruyères pour bivouaquer.
Le Bonvoisin ? Même les endroits en neige, c'était tellement pourri
que du coup, t'es pas trés serein ! (Montrant une photo ) : Là
t'es à califourchon, c'est une descente. Bon départ le matin à
7 heures 30. Et moi j'ai touché le glacier de Surette en bas du dernier
rappel à 8 heures et demi, le soir ! Ca fait une journée de 13
heures ....Technique, et par rapport au topo et l'itinéraire d'été,
ils disent de prendre un grand couloir mais nous par rapport au conditions de
neige pourries on est obligé de rester sur l'arête. Et comme certains
gendarmes cela ne passe pas, on a quand même traversé des pentes
de neige...On a bien erré, à contourner tous ces gendarmes, on
avançait pas et on s'est dis que l'on allait coucher sur le Bonvoisin.
A un moment c'était 18 heures, on était toujours sur les cretes,
j'ai dis qu'il fallait descendre et ils ont dis "là Fredo t'as p'tre
pas tort ...". C'est étroit pour passer une nuit, il n'y a vraiment
pas d'endroit correct. C'est sympa, on a vu l'aigle et le gypaete ce jour là.
Et même l'hélico de la gendarmerie !!
C'était dimanche aprés midi. On aurait pu faire une vacation.
Tronc a gueulé "Fredo, la radio, sors la , sors la !" Moi j'étais
sur deux prises, je lui ais dis que c'était bon, du calme, et lui :"vas
y sors la, dis leur la manoeuvre !" Attends, c'est bon, je sors la longueur
et puis on va voir. On arrivait au sommet du Bonvoisin en fait. J'allais pas
sortir la radio du sac comme ça au milieu, on a attendu le sommet même
et là l'hélico il était parti...
Une ou deux longueurs avant le sommet, je me suis fait mal. Aprés cela
était dur, mais avant d'être completement refroidi ça allait
quand même. Mais j'avais vraiment mal. J'avais cassé une prise
en grimpant et le genou a tapé sur une prise juste sous la rotule. Avec
le gros sac cela ne pardonne pas !
( Montrant une autre photo ) : On voulait mettre le bivouac ici mais c'était
plein de gros impacts, on se faisait parpiner. On a installé le bivouac
un peu plus loin. J'ai bivouaqué avec eux. Je me suis dis le soir que
j'avais mal, j'ai mis de la galce, pris des anti infflamatoires; j'ai pensé
que cela irait mieux le lendemain. Et en fait la nuit cela m'a réveillé,
cela a du taper sur le menisque et l'endommager. Je suis descendus direct dans
la vallée, dans le Valgaudemar, et je suis rentré en stop à
l'Argentière...l'aventure jusqu'au bout ! A Chabournéou j'ai rencontré
2 lyonnais qui faisait du ski par là et qui me disent " ah oui,
on a vu ça sur internet, la Skyline !". Marrant..."
LE FOURNEL, montagnes de chasseurs. ( 15 Avril 2004 ).
Le vallon du Fournel est bien connu pour ses cascades de glace. C'est le domaine de l'hiver; mais sa vie ne se limite pas au 3 mois hivernaux.
A l'image du vaste massif des Ecrins, les crêtes du Fournel constituent d'abord une montagne vivante qui relie les hommes, ceux du versant sud et ceux du versant nord. C'est le domaine du génépi et des chamois. Ce sont des sommets de dimensions modestes en terme d'alpinisme; seuls les bergers, les chasseurs et les plus intrépides promeneurs les fréquentent, les rendant souvent plus sauvages que les hautes cimes du massif, aux traces entretenues chaque jours de l'été par des hordes de montagnards qui déplorent une foule dont ils sont eux mêmes partie prenante...La solitude n'est pas si loin, mais bien souvent elle ne rime pas avec les sommets phares...
L'automne, ces cimes du Fournel sont dévouées à la chasse ( hors parc national qui débute au ravin de la Cannonière en face nord et à la crête du fond des clots en versant sud )..
LA chasse. Religion, institution, pretexte. Tout cela à la fois; joie de retrouver l'altitude, de passer son année à courir la caillasse pour mieux comprendre, voir, observer et suivre les chamois.
Il y a quelques années la chasse au chamois était libre, véritable battue. Elle s'est réglementée. On ne chasse plus que par deux; chaque duo de chasseur reçoit pour une journée une "bague" qu'il faut passer à l'animal tué avant de le ramener à la société de chasse le soir...quand il le tir est reussi ! On ne redescend pas avec un chamois sur l'épaule chaque jour...
Le débat n'est pas pour ou contre la chasse. On peut-être contre, pour des raisons personnelles, d'éthique. Elle existe, essayons de la comprendre, de comprendre son fonctionnement, et qui sont ceux qui s'y adonnent. Je parle de chasse en sous entendant...au chamois.La chasse dans sa gestion actuelle ne mets pas en péril la population de chamois.
Parlons du sport : chasser le chamois est un beau pied de nez aux alpinistes qui pensent acceder aux pires précipices. Le chasseur ne connait guère la corde, il évolue sur un terrain glissant, boueux ou gelé, peu ou pas enneigé, raide et délité. Le soir, si la journée a été bonne, il faut redescendre la bête, 40 kilos sur les épaules.
Coté nature, le courreur de chamois s'y connait : des heures d'observations silencieuses au cours de l'année sont necessaires. Une connaissance des habitudes de l'animal est indispensable. Il faut suivre la météo, le temps qu'il fait et qu'il a fait, humide ou sec, froid ou doux....
Et que l'on ne s'y trompe pas, le chasseur de chamois aime la haute montagne. La semaine, dans l'attente du jour où il aura la bague, vous le verrez rarement chasser la marmotte ou "le lapin"...trop facile, idiot peut-être, pas assez sportif en tout cas. Le chamois ne se laisse pas avoir si facilement, lui. Le chasseur de chamois prefère gouter l'air des cretes plutôt que de tirer le faisan dans les sous bois.
Chasser ? Moi ? Non, tirer sur un chamois me dépasse trop. Mais je cours tellement la montagne avec ces chasseurs qu'il y a bien longtemps que j'ai compris que l'on avait le coeur qui battait au même rythme là-haut. Les premiers guides aux 17° et 18° siècles n'était il pas déjà des marginaux plus motivés par les cristaux et les chamois que par le travail au champs ?...
Nous grimpons tous sur les mêmes tas de cailloux, les motivations diffèrent mais l'état d'esprit reste le même, l'amour de l'altitude aussi. Apprenons donc à partager cet espace, ne créons pas de castes distinctes; nous ne sommes que des hommes, finalement, avec toutes nos faiblesses, le plus souvent ! Que les montagnes soient donc le lieu de rencontre de nos tendances, de nos caractères, plutôt que le théatre de nos oppositions.
Photos ci dessous : collection André Jourdan.
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![]() Le fameux "terrain à chamois", et le Fournel 1500 m. plus bas.... |
![]() Versant sud au dessus de Dormillouse ( Freissinières ). |
![]() André dans son royaume... |
Guillaume Christian Guide de haute montagne Moniteur
de ski
2 rue du génépi F-05120 L'Argentière la Bessée